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Rencontre avec Pep Guardiola

Rédigé par | Oct 27, 2016 10:54:00 AM

Pep Guardiola a réussi tout ce qu’il s’était fixé comme objectif dans le monde du football, en tant que joueur et entraineur. Bien qu’il soit dur pour lui de le reconnaitre ouvertement, il respire et transmet son leadership, et est un exemple pour beaucoup dans l’industrie du sport grâce à son grand charisme.

Parler avec Guardiola de sport et d’éducation est une leçon de management et de coaching. Rien dans sa façon d’être ne vient du hasard, il est analytique et pragmatique, une icône, comme Johan Cruyff à son époque, et il a créé une école de pensée. Dans cette interview, il nous explique à quel point le sport a compté dans son éducation, comment il a forgé son personnage, comment cela a influencé sa personnalité et sa façon de manager des équipes. Il nous parle aussi de l’importance pour un athlète de penser à son futur tout en étant toujours actif, car les moments de gloire ne seront, tôt ou tard, que des souvenirs.

Qu’est que le football signifie pour vous en dehors du terrain ?

Je suis né dans une petite ville et, avec mes amis, j’ai toujours joué au football. Je ne peux imaginer ma vie sans le sport.

Quelle influence a le sport selon vous dans les communautés, le développement social et l’éducation ?

J’ai toujours pensé que le sport est l’outil le plus puissant pour l’éducation. Vous pouvez tout comprendre à travers le sport. Quand vous êtes dans une communauté, une équipe, et que vous jouez au football, basket, quelque sport que ce soit, vous savez ce qu’est la relation aux autres, vous réalisez que les autres peuvent être meilleurs que vous ou inversement que vous êtes meilleur, et que vous devez fournir de gros efforts pour grandir, pour comprendre les décisions du coach. Quand vous gagnez un match, vous devez rester calme et quand vous perdez, vous devez travailler plus dur et être plus concentré parce que vous aurez une autre chance de montrer ce dont vous êtes capable. Je ne peux pas comprendre qui je suis, ma personnalité, sans le sport.

Pensez-vous que les joueurs avec lesquels vous avez travaillé durant votre carrière sont conscients de leur responsabilité sociale ou du pouvoir qu’ils ont de changer les choses ?

C’est difficile de savoir comment vous voient les autres. Je ne sais pas quelle influence j’ai sur les autres. En définitive, vous devez vous montrer tel que vous êtes, et évidemment cela dépend de votre éducation. Si vous avez une bonne éducation, les gens reçoivent de meilleurs signaux que si vous n’avez pas de valeurs. Mais je ne sais pas si mes valeurs et mon influence sur les gens sont bonnes. Tout ce que je veux, c’est faire mon travail du mieux possible et être honnête avec moi-même, et j’espère que c’est bien pour les autres aussi.

De quelles qualités a besoin un coach pour mener une équipe ?

Ce n’est pas facile. Vous devez montrer vos qualités en termes de tactique, de vision, et, dans le même temps, gérer différentes personnalités, pas seulement vos joueurs mais aussi les personnes qui composent votre staff, et les convaincre que la façon dont ils vont jouer et vivre pour les 11 prochains mois est la meilleure. En fin de compte, un leader est une personne que vous suivez pour des raisons peu évidentes. Ils vous suivent parce qu’ils croient en vous. Et c’est notre rêve, en tant que coach, mais je dois avouer que ce n’est pas facile, parfois vous n’êtes pas capable de le faire.

Vous avez réussi à le faire durant votre carrière. Comment avez-vous préparé votre transition de joueur à entraineur ?

Quand j’ai eu 26 ou 27 ans, je pensais que je voulais devenir coach. Ma transition a été facile parce que j’ai pris un an de congés après ma retraite, j’ai pris un an pour passer ma licence et ensuite le FC Barcelone m’a donné ma chance. Evidemment, aujourd’hui c’est complètement différent : en tant que joueur vous vous entrainez deux heures et vous rentrez chez vous ; entraineur, vous entrainez durant ces deux heures, mais vous devez également passer deux heures de plus à préparer cet entrainement, et ainsi de suite. Vous pouvez travailler 24h/24 si vous voulez, il y a toujours des choses à faire. Vous devez être prêt à rester calme constamment, essayer de ne pas être fatigue quand vous entrainez. Vous devez trouver le moyen d’être confortable au travail, de travailler au maximum, mais aussi de garder du temps pour votre vie personnelle.

Johan disait toujours que quand un coach est capable de construire de la confiance, les résultats sont garantis. Etes-vous d’accord avec cela ?

Absolument. Quand vous arrivez à ce que des personnes vous suivent, c’est parce qu’ils ont confiance en vous. Vous pouvez, par la suite, ne pas avoir les résultats que vous voulez, mais vous serez récompensé à votre juste valeur. Je sais que l’on juge tout sur les résultats : si vous gagnez, vous réussissez, et si vous ne gagnez pas, c’est un désastre. Et vous devez gérer cette situation, car parfois vous ne gagnez pas mais vous êtes content parce que la relation avec les joueurs, le staff, tout le monde, est bonne. Des moments de convivialité avec les joueurs sont suffisants pour savoir que tout va bien.

Quelle part de votre leadership est de l’ordre de l’inné, et quelle part vient de ce que vous avez appris ?

Je ne saurais le quantifier. Evidemment, la façon dont vous communiquez, comment vous vous sentez et vous comportez est naturelle. Devant les joueurs, les médias, le public, vous ne pouvez continuellement jouer un rôle. Mais d’un autre côté, la façon de comprendre le jeu, l’influence que j’ai reçu de Johan et d’autres coachs est énorme. L’influence de Johan surtout, parce qu’il était celui avec qui j’ai passé le plus de temps, il est très important dans le coach que je suis devenu.

Qu’est-ce qui est le plus difficile à gérer – le succès ou l’échec ?

Vous devez vous habituer à gérer les deux. Quand vous gagnez tout, vos joueurs ont énormément confiance en eux, ils croient que s’ils arrivent à gagner deux, trois, quatre fois, ils peuvent de nouveau gagner. Cela construit de la confiance, mais en même temps, il y a un risque qu’ils se sentent plus forts qu’ils ne sont, et vous devez les calmer. Et si vous ne gagnez pas, vous devez être plus proches d’eux, avoir de l’empathie et leur faire comprendre qu’ils peuvent gagner la prochaine fois. L’avantage de gérer ces deux situations est qu’ils vous laissent les aider. Mais, durant votre carrière, vous devez être capable de faire face aux deux sentiments tous les trois ou quatre jours.

Que pensez-vous de l’initiative de Johan d’entrainer des athlètes pour qu’ils aient un avenir proactif et des opportunités de rejoindre le monde de l’entreprise après leur carrière ?

La chose la plus importante est de comprendre que derrière le footballeur, le basketteur ou le joueur de tennis, il y a un homme ou une femme comme vous et moi, avec des sentiments, des peurs et des joies. Et il sait mieux que tout le monde qu’à la fin de sa carrière, il passera de tout à rien. Vous devez changer de vie. Le message que Johan nous a transmis, je l’ai aussi transmis à mes joueurs : vous devez chercher de nouvelles choses dans votre vie, faire quelque chose de spécial qui vous comble car la vie est longue et le temps viendra, à 35 ou 36 ans, où vous ne pourrez plus vivre de ce que vous avez réalisé parce que les gens ne sont plus intéressés. Les gens ne prêtent pas attention à ce que je faisais en tant que joueur, pas non plus à ce que je faisais l’année dernière, mais à qui je suis maintenant. Quand vous êtes un athlète actif, vous devez vous préparer à ce qui va arriver, à faire quelque chose de complètement différent.

Quelles valeurs du sport peuvent-elles être appliquées au monde de l’entreprise ?

Le monde de l'entreprise est totalement différent et vous devez vous y préparer. Croire que le fait que vous avez été un grand athlète vous permettra de réussir dans le business est une grossière erreur, car pendant que vous vous êtes dédié à votre sport, d'autres s'entrainaient professionnellement, et sont, par conséquent, meilleurs que vous. Mais la passion que vous avez mise dans votre carrière est un atout, quelque chose de spécial que vous devez maintenir, et être capable de se former pour continuer à faire partie de l'industrie du sport est fantastique. C'est vrai que les athlètes ont un sixième sens ; dans le business, un processus d'adaptation est nécessaire et il y a des choses que vous devez apprendre.

Pour retrouver l’article original du Johan Cruyff Institute, cliquez ici.

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